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Nuits hachées, réveils multiples de bébé… Quel parent de nourrisson n’a jamais rêvé, même un instant, de passer la main à une pro pour dormir une nuit tout entière ? Parents a interviewé deux experts qui nous donnent leur point de vue, et des parents qui nous racontent leur expérience.
POUR la nounou de nuit : « Demander de l’aide la nuit, c’est sortir de la culpabilité. »
L’interview d’Aline Nativel, psychologue clinicienne
« Je trouve positif que les parents osent demander de l’aide pour la nuit. Les professionnels qui interviennent peuvent apporter des conseils précieux sur les soins du nourrisson, l’alimentation… Surtout dans un contexte où les grands-parents ne peuvent plus forcément donner un coup de main, pour cause d’éloignement géographique, ou parce qu’ils sont encore en activité ! C’est un vrai changement, une forme d’émancipation, les parents sortent de la culpabilité.
Ce soutien peut aider à prévenir le fameux burn-out parental
Les pères qui participent de plus en plus la nuit ont aussi besoin de relais, de repères, de temps. Et vont pouvoir, en proposant ce type d’intervention, avoir le sentiment de soulager leur conjointe psychologiquement et physiquement. C’est d’autant plus vrai pour le premier enfant et dans les cas de grossesses pathologiques, d’accouchement compliqué, de grossesse gémellaire ou encore de reprise de travail anticipé (profession libérale). En revanche, un bémol : ça peut renforcer le sentiment d’incompétence parentale. Mais pendant la nuit de garde, on ne lâche pas forcément prise… Je conseille donc aux couples d’être bien d’accord sur l’objectif de ces interventions. Et d’attendre, pourquoi pas, que l’enfant soit un peu plus grand ? »
Le témoignage d’Alice : « On avait besoin d’une vraie bonne nuit ! »
« Mon conjoint et moi venons d’ouvrir un deuxième restaurant, deux mois après la naissance de Louis. Récemment, j’ai contacté à deux reprises une agence pour une garde de nuit. On avait besoin de passer une vraie bonne nuit après ces dernières semaines très intenses au boulot. Je n’ai pas creusé les profils qu’on me proposait car il ne s’agit que de nounous hyperqualifiées, issues du milieu médical ou de la petite enfance. La nounou est arrivée à 19 h 30, on a bavardé un peu, puis elle a rencontré Louis. Elle a dormi dans la chambre du petit. Elle s’est éclipsée avec lui très discrètement. Nous avons dîné dans la pièce à côté, puis avons filé au lit. J’ai entendu Louis pleurer une fois, mais j’ai fait confiance à la nounou ! Ça m’a coûté le prix d’une belle paire de chaussures, mais le matin, j’étais en forme et je n’ai pas eu de coup de fatigue dans la journée ! »
Alice, 36 ans, maman de Gabin, 5 ans, et Louis, 5 mois.
CONTRE la nounou de nuit : « Le lien d’attachement parent-enfant se tisse aussi la nuit. »
L’interview de Patrick Bensoussan, pédopsychiatre
« Le phénomène des nounous de nuit illustre à merveille le paradoxe, l’ambivalence dans lesquels se retrouvent certains parents. Ils attachent une grande importance à la parentalité et veulent tout faire pour favoriser le lien d’attachement avec leur bébé (allaitement, cosleeping…), et en même temps rester compétitifs dans leur métier et continuer à sortir le soir. La nounou de nuit qui est une professionnelle de la petite enfance répond à ce double besoin, à cette recherche de perfection dans la vie familiale et pro. Elle est experte, de confiance, et leur libère du temps.
C’est le rôle du parent
Mais ce service de garde de nuit est réservé à une frange de la population qui a les moyens. Et il pose la question de l’intimité. Une personne extérieure à la famille passe la nuit à la maison et entre donc dans la sphère privée. Ça n’encourage pas non plus les hommes à se lever la nuit… Ce type d’organisation peut être intéressant de façon ponctuelle. Le problème, c’est la répétition. Le lien d’attachement parent-enfant se tisse aussi la nuit. Les difficultés d’endormissement, les mauvais rêves… font partie de la responsabilité des parents. C’est une étape utile pour se construire en tant que parent. Ce type de service touche à la vision anthropologique de la parentalité. Peut-on devenir parent en ne gardant que les aspects positifs ? »
Le témoignage de Sophie : « C’est bizarre d’avoir une inconnue qui dort dans le salon. »
« J’ai fait appel à une nounou de nuit une dizaine de fois. Soit c’était dans le but de sortir (en amoureux ou entre amis), soit de récupérer du sommeil. Je ne regrette qu’une chose : ne pas l’avoir fait plus souvent ! La première fois, c’était pour notre anniversaire de mariage, on a passé la soirée à parler de Mathilde… J’avais plein d’amour pour ma fille et en même temps, je lui en voulais de ne plus pouvoir vivre comme avant. Mais je n’ai aucune culpabilité, ma fille a très bien vécu ces nuits de garde. Les nounous donnent aussi des conseils précieux, des techniques pour masser, endormir… On n’arrive pas toujours à reproduire leurs gestes. À tel point que j’ai parfois plus confiance en la nounou qu’en moi-même. Après, c’est clair que c’est un peu bizarre d’avoir une inconnue qui dort dans le salon (on est dans un petit appart), mais c’est tellement agréable de sortir et de savoir qu’on pourra dormir après ! Lorsque je l’entends pleurer, je me dis “cool, je ne dois pas me lever” ! Côté famille, mes parents sont loin et travaillent. Nos frères et sœurs sont plus jeunes et travaillent aussi. Et mes beaux-parents habitent de l’autre côté de Paris, il faut tout trimballer. Et on n’a pas de voiture ! »
Sophie, maman de Mathilde, 4 ans.
*Merci à Delphine Cochet, gérante de l’agence “Ma bonne fée” www.mabonnefee.com, qui propose, entre autres services de garde et d’accompagnement à la parentalité, des nounous de nuit.